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CONVERSATIONS SUR LE SEXISME, Philippe CLAUZARD Si l’égalité entre les femmes et les hommes progresse, force est de reconnaître que les femmes sont encore victimes de préjugés, de stéréotypes, d’inégalités qui limitent leurs vies professionnelles, familiales et sociales. L’heure demeure au développement d’une éducation à l’égalité filles – garçons, à la révision d’attitudes et de discriminations sexistes qui s’inscrivent dans des représentations traditionnelles de dévalorisation du féminin par rapport au masculin. Cette infériorisation est gravée dans le marbre de la langue, elle réside dans la catégorisation en genres hiérarchisés. « Désexiser » la langue, les jouets enfantins, les rôles sociaux des adultes ; repenser la notion de genres et leurs attributions conformes aux usages ; resituer les rapports humains dans une perspective historique et théorique ; bousculer les normes, les lieux communs… Tout cela répond à la Convention interministérielle de 2007 sur l’égalité entre femmes et hommes et les missions éducatives afférentes. Ces conversations en famille, en classe, entre élèves sont des invitations éducatives à des discussions pédagogiques qui visent plus amplement une éducation à la citoyenneté, copartagée par les coéducateurs que sont les enseignants et les parents. Homme ou femme : c’est une question de connaissance et de respect, tout simplement. Conversons-en.
La condition des femmes est une question toujours actuelle qui impose des conversations de type pédagogique pour « éduquer » les esprits. En effet, si la femme est désormais libre de maîtriser sa procréation depuis deux générations, en d’autres domaines, l’égalité n’est pas encore une conquête acquise. La différenciation des responsabilités hiérarchiques, des rémunérations et des carrières demeure. Le choix des filières et des avenirs professionnels n’est pas égalitaire, tout comme les conditions de la vie quotidienne et de la représentation politique, malgré quelques petits progrès. Face au chômage, à la précarité et la violence, les femmes sont toujours les premières victimes, sans compter les violences conjugales, les brimades sexistes et d’autres exclusions. L’école de la République reçoit toujours des jeunes filles asservies, excisées, mariées de force ou voilées. Les chiffres de la violence conjugale en France demeurent plus que très alarmants : « Tous les trois jours, une femme meurt, victime de violence conjugale » (Statistiques de novembre 2006, extrait de www.femmes-egalite.gouv.fr)
Conversations sur le Sexisme de Philippe Clauzard, L'Harmattan, mars 2010

NOUVELLE PREFACE
L’apprentissage grammatical est
révélateur d’un apprentissage qui
accompagne l’activité dans une circulation entre
le « faire » et le « comprendre
».
Nous nous référons aux travaux de Rabardel (2005)
et de Pastré (2011) qui soulignent que depuis Descartes, on
pose d’abord la question du sujet «
épistémique », capable de raisonner
à partir de ses connaissances, avant celle du sujet
« capable » qui mobilise dans son action des
ressources. Aujourd’hui, avec l’ergonomie cognitive
et la didactique professionnelle, la perspective est
renversée. Le choix est fait de subordonner le sujet
connaissant au sujet capable, s’appuyant sur le constat que
l’apprentissage accompagne l’activité,
l’activité constructive de l’individu
accompagne l’activité de production. Le sujet
« capable » dit « je peux, je ne peux pas
» avant de dire « je sais, ou je ne sais pas
». Le sujet capable est un sujet dont le
développement porte, non sur l’acquisition
explicite de savoirs, mais sur l’apprentissage en situation.
Cela nous fait penser aux apprentissages sur la langue qui se
développent en situation de manipulation et de
communication. L’apprentissage sur la langue est un long
tissage des diverses dimensions de ce média si particulier
qui permet l’entrée dans tous les apprentissages.
La langue ne peut pas s’appréhender pour
l’écolier comme un tout objectivable. Il y a un
nécessaire itinéraire
d’appréciation et appréhension de la
langue selon les diverses entrées que proposent les analyses
sémantiques, morphosyntaxiques (ou orthographiques) et
syntaxiques, voire même textuelles. Par ailleurs, la
maîtrise d’un concept grammatical exige un
enchaînement d’assimilations préalables,
une progressivité dans les analyses de la langue qui
permettent d’effectuer un pas de côté en
différant la sémantique de la phrase pour
s’attacher progressivement aux aspects formels de plus en
plus abstraits. Chaque pas, chaque analyse, chaque dimension
d’appréciation de la langue s’articulent
et s’étayent pour construire un concept purement
grammatical (ou linguistique) sur le fonctionnement de la langue, pour
ouvrir un espace où la langue est pensée.
Où l’on fait parler la langue grâce
à son pouvoir réfléchissant. Seul
moyen de conduire l’élève à
passer du statut de « sujet capable » (celui qui
parle ou écrit en respectant implicitement les
règles de la syntaxe) à celui de sujet
« épistémique » (celui qui
contrôle son activité langagière
à l’oral ou à
l’écrit en réception et en production
en utilisant des savoirs syntaxiques explicites, ayant
développé une posture d’observateur et
de juge éclairé de la langue et de sa pratique).
La prise de conscience des règles de fonctionnement de la
langue permis par l’apprentissage grammatical conduit
l’élève à devenir un sujet
« syntaxique ». Les glissements accompagnent ce
changement de statut que nous qualifions ici de transformation de
« statut communiquant » à «
statut syntaxique ». L’apprenant se transforme en
modifiant sa représentation sur sa langue et en
maîtrisant l’usage de sa langue. Cette
complexité même de l’acte
d’apprendre pour assimiler des savoirs sur la langue exige la
souplesse d’une circularité tant au niveau des
entrées dans l’analyse que dans la dialectique
entre réalisation de la tâche scolaire et mise en
débat intellectuel avec ce qu’elle
véhicule.