CONVERSATIONS SUR L' HOMO(PHOBIE)
L'éducation comme rempart contre l'exclusion
par Philippe Clauzard
préface de
Louis-Georges
Tin
Collection Sexualité Humaine,
dirigée par
Charlyne Vasseur-Fauconnet
Editions de l'Harmattan 2002
Depuis
quelques années, les médias -
télévision,
cinéma, presse - s'emparent largement du sujet de
l'homosexualité
à la faveur des discussions parlementaires autour du PaCS
(PActe
Civil de Solidarité), des débats sur les familles
homoparentales
et les gay-pride qui rassemblent annuellement toujours plus de
personnes
sur le pavé parisien pour revendiquer, entre autres, une loi
condamnant
les propos homophobes. Les enfants et les adolescents en sont
naturellement
les témoins. Ils s'interrogent sur
l'homosexualité et sur
les hommes et femmes homosexuels. Bien plus encore ceux qui sont
préoccupés
par leur orientation sexuelle. La Ligne AZUR -0 810 20 30 40 - leur
offre
certes un lieu de parole mais le silence sur ces questions demeure la
règle
dans le monde scolaire. Toutefois,
des parents et des éducateurs recherchent des
réponses pertinentes.
A l'automne 2000, une circulaire ministérielle parue au
Bulletin
Officiel de l'Education nationale indiquait aux enseignants comment
réagir
lorsqu'un élève traite un autre
élève de "pédé".
D'autres textes et documents sont apparus. Des lycéens
prennent
pour thème de leurs nouveaux Travaux Personnels
Encadrés
des sujets relatifs aux homosexuels et l'homophobie.
Le monde éducatif entre timidement dans
cette question. Le
présent ouvrage souhaite bousculer les
préjugés, la
frilosité, et l'ignorance. Il n'est pas un "kit"
éducatif,
ni un manuel exhaustif, mais une simple conversation fictive,
jalonnée
d'éléments de réflexion. Un nouvel
espace de dialogue...
parce que tout cela n'est qu'une question d'amour. Juste une question
d'amour,
tout simplement. Sans crainte, ni phobie.
A l’heure où l’éducation à la sexualité et à la vie est remaniée, au moment où l’homosexualité et l’homophobie deviennent des sujets de société dans les médias, à l’instant où le monde éducatif entre timidement dans ces questions, cette conversation souhaite ouvrir un nouvel espace de dialogue dans les familles et les enseignements, bousculer à sa manière les préjugés, la frilosité, et l’ignorance. Gays, lesbiennes, bisexuels, hétérosexuels : tout cela est juste une question d’amour, tout simplement. Conversons-en.
"La prévention (du SIDA) tout comme la
lutte contre les exclusions
et les discriminations, souvent liées à
l'intolérance
qui chaque jour dans la société, et parfois dans
nos établissements,
prend le visage ignoble des injures sexistes, de l'homophobie, du
machisme,
des rapports de force, voire des violences sexuelles, constituent les
axes
forts des actions qui doivent être menées dans les
établissements
scolaires (...) Entendue comme une éducation à la
responsabilité,
à la vie affective, mais aussi au respect de l'autre,
à l'égalité
entre garçons et filles et à l'acceptation des
différences,
l'éducation à la sexualité a
désormais pleinement
sa place à l'école. Elle doit aujourd'hui
intégrer
les questions liées à la mixité,
à la lutte
contre le sexisme, l'homophobie et permettre de mieux prendre en compte
les attentes des jeunes, avec leurs différences et leurs
préoccupations
spécifiques."
Circulaire du ministre de l'éducation nationale
Jack LANG,
n°2001-245 du 21-11-2001, parue au Bulletin Officiel de
l'Education
Nationale et du ministère de la Recherche n°44 du 29
novembre
2001: "Enseignements élémentaire et secondaire.
Prévention
. Journée mondiale de lutte contre le sida : 1er
décembre
2001"
Philippe Clauzard est enseignant. Ses
intérêts pour
les sciences de l'éducation et la formation des adultes
l'ont amené
à s'intéresser depuis 1996 aux questions
d'homosexualité
et d'éducation. Il anime l'amicale d'enseignants
Aglaé et
le site internet HomoEdu. (www.homoedu.com)
PREFACE 9
AVANT-PROPOS 14
DIS PAPA, C’EST QUOI
L’HOMOPHOBIE
? 31
SCENE 1 – LA QUESTION
INOPPORTUNE
39
SCENE 2 – MON PAPA
EMBRASSE
HERVE 53
SCENE 3 – LES HOMMES
PEUVENT-ILS
AVOIR DES
ENFANTS ? 65
SCENE 4 – FILS DE PEDE
73
SCENE 5 – PARCE QUE LA
TERRE
EST RONDE 85
ANNEXES POUR ALLER PLUS LOIN
DANS NOS CONVERSATIONS 103
1 – POUR LES EDUCATEURS
(FAMILLES
ET ENSEIGNANTS), QUELQUES MOYENS CONCRETS POUR COMBATTRE
L’HOMOPHOBIE 105
2 – QUELQUES ATTITUDES
HETEROSEXISTES
OU HOMOPHOBES A EVITER 109
3 – POUR LES
EDUCATEURS, CE
QU’IL FAUT FAIRE OU
NE PAS FAIRE DANS SA CLASSE
113
4 – COMMENT REAGIR
LORSQU’UN
ELEVE TRAITE UN
AUTRE ELEVE DE PEDE 125
5 –
LORSQU’UNE CLASSE N’A QUE
LE MOT HOMOSEXUEL
A LA BOUCHE, QUE FAIRE
? 129
6 – QUELQUES PISTES DE
TRAVAIL
DANS LES ECOLES SUR LES QUESTIONS HOMOPHOBES ET HOMOSEXUELLES 131
7 – UNE
LEÇON-TYPE
POUR LE SECONDAIRE 137
8 – SEQUENCES SUR LA
NOTION
DE STEREOTYPE ET D’HOMOPHOBIE 151
9 – UNE
LEÇON DE VIE
: DIFFERENCE ET TOLERANCE, RESPECT 157
10 – UNE DEMARCHE-TYPE
D’ACTIVITE
AUTOUR DE LA SAINT-VALENTIN 159
GLOSSAIRE 160
BIBLIOGRAPHIE 160
FILMOGRAPHIE 160
NUMEROS DE TELEPHONE,
SITES INTERNET 160
SOURCES DOCUMENTAIRES 160
C’est la rentrée... et la maîtresse fait sa leçon !

Ah ! Dites-moi, que se passe t-il donc ?
Mais,
maîtresse, c’est Martin, il arrête pas de
parler des homosexuels... Mademoiselle Druche pâlit de
nouveau, comme l’autre jour, il y avait
déjà bien longtemps. Cependant, les vacances
d’été commençant dans trois
jours, plus téméraire, elle interrogea
à la cantonade :
Et alors,
qu’est-ce qu’on en dit ?
Que
c’est de sales histoires de grands, répondit
Sandrine...
Ah
bon ! Et c’est tout ?

Si, il va
nous contaminer, ajouta Arnaud.
Et puis
c’est pas normal, clama Henri. Je me tassais au fond de mon
siège, fixant ma trousse. J’aurais aimé
pouvoir m’y glisser et me cacher. Mais Mademoiselle Druche
fut divine. Que lui arrivait-il donc ? Elle parla au
début un peu rapidement, puis plus
calmement.
Ecoutez
bien les enfants, ce mot
« homosexuel » figure dans le
dictionnaire à la lettre
« H ». Ensuite, il y a des gens
comme cela... euh... c’est-à-dire qu’il
y a des personnes qui aiment bien être avec des personnes du
même sexe, qui éprouvent de l’affection,
des sentiments, disons, de l’amour pour des personnes qui
sont aussi comme elles, homme ou
femme...
M’dame, demanda Sandrine, il y a aussi des femmes
homosexuelles, alors ?
Bien
sûr.
J’y crois pas. C’est pas possible, les femmes,
elles font des enfants...
Ouais,
ajouta Zoé, maman m’a dit, les femmes ont tous les
droits, comme les hommes ; mais elles n’ont pas le
droit de faire l’amour entre elles. Mademoiselle Druche fut
stupéfaite et muette, l’espace d’un
instant.
Vous
êtes surpris... mais cela existe. Il y a des hommes qui
aiment des femmes, des hommes qui aiment des hommes,
des femmes qui aiment des femmes... Des ricanements jaillirent du fond
de la classe. Mademoiselle Druche s’arrêta un
moment. Elle réfléchissait. Son index remontait
la pente de son nez droit. Elle ajouta :
Oui, et
puis il y a des hommes qui aiment les femmes et les hommes, il y a des
femmes qui aiment les femmes et les hommes. On les
appelle les bisexuels. À côté vous avez
donc les homosexuels. Et ceux qui vont avec une personne de sexe
différent s’appellent des
hétérosexuels. Connaissez-vous ce dernier
mot ? Recherchez-les dans vos dictionnaires. Mademoiselle
Druche écrivit en grosses lettres rondes les mots de
vocabulaire qu’elle venait d’annoncer pendant que
nous les cherchions dans nos petits dictionnaires respectifs. Les
enfants furent très étonnés de leur
découverte, de
trouver dans leur dictionnaire tous ces mots. Martin
lâcha :
C’est compliqué tout ça... Magali
s’écria :
Tiens, il
y a aussi le mot « sexy »,
« sexe »... tous ces mots sont
dans le dictionnaire. Ils sont pas interdits,
m’dame ?
Pourquoi
le seraient-ils ? Ils ne sont pas non plus familiers ou
vulgaires... ce sont des mots communs... vous vous souvenez de notre
leçon...
Mais
est-ce qu’ils sont normaux ces homos ?
Les hommes
et les femmes homosexuels, vous savez, sont des gens comme vous et moi.
Ils ne vont pas vous
contaminer. Peut-être pensez-vous au sida... eh bien, le sida
est une maladie qui concerne tout le monde : les
hétérosexuels, les homosexuels, et les
bisexuels... Et puis, croyez-vous que c’est anormal
d’aimer ? Vous aussi, vous aimez... des gens, des
choses, des moments...
Papa
m’a dit qu’ils s’attaquaient aux
enfants...
C’est vrai, il y a des gens qui abusent des enfants, veulent
faire avec eux des choses interdites. Mais ce ne sont pas des
homosexuels. On les appelle communément dans les
journaux : des pédophiles. Ce sont d’eux
que vous devez vous méfier et savoir dire non quand ils vous
font une caresse que vous ne voulez pas...

Mais
M’tesse, comment on sait qu’on veut pas ?
Ben, tu le
sens au fond de toi, il y a une petite voix intérieure qui
te dit : je ne veux pas que cette personne me caresse, me
fasse un baiser ou autre chose... Il faut pas
t’inquiéter, tu sauras toujours ce que tu veux ou
non...
Mais ces
gens-là sont plus forts que les enfants, déclara
Arnaud.
C’est vrai, mais la Loi te protège Arnaud, tu te
souviens de la leçon d’éducation
civique sur les Droits de l’Enfant...
La
loi ? Mais, c’est juste des mots, déclara
Sandrine. Si Arnaud a vraiment besoin d’aide...
Eh ben, il
y a tous les autres adultes, les parents et même un
numéro de téléphone gratuit. Je
l’apporterai demain. Je
l’ai à la maison... Fabien ajouta :
Maman dit
que les homos, c’est quand même pas normal,
qu’il ne faut pas se faire influencer...
Crois-tu,
répondit la maîtresse, qu’on peut
influencer les personnes comme cela. Un homosexuel, c’est par
exemple un garçon qui aime bien e
mbrasser un autre garçon ou bien être souvent en
sa compagnie. Nul ne peut forcer quiconque à aimer cela. On
n’est pas homosexuel pour faire comme son voisin, parce
qu’on te demande de l’être. Mais parce
qu’on l’est.
Et
ça s’attrape pas ?

Non. Ce
n’est pas une maladie. C’est simplement
être différent. Crois-tu
qu’être gaucher, avoir les yeux bleus, ou
être roux avec plein de taches de rousseur sur la peau,
c’est une maladie, que ça peut
s’attraper ?
La classe était
complètement silencieuse. L’éloquence
de Mademoiselle Druche nous avait rarement autant captivés.
J’étais très fier de ma
maîtresse d’école.
Je
m’appelle
Jérôme. Mon papa habite dans une tour qui touche
le ciel.
Il passe son temps à
lire le journal au lieu de répondre à mes
questions.
Aussi, je me mets souvent
à rêver d’escapades lointaines. Je
pourrais attraper
les nuages avec les bouts
des doigts depuis les fenêtres de l’appartement et
m’en aller avec eux dans
leur folle course les jours de grand vent. L’ennui,
c’est
que je n’ai pas le
droit de les ouvrir, ces fenêtres rectangulaires.
D’ailleurs, je n’ai toujours
pas trouvé la serrure pour les débloquer. Ce sont
de
drôles de fenêtres. Papa
m’a expliqué qu’il était
défendu de
les ouvrir pour des raisons de sécurité.
Mon papa est un homme raisonnable. C’est vrai, que ferais-je
donc
sur un
nuage ? Ce serait moche de ne plus voir papa ou ma
maîtresse
d’école,
Mademoiselle Druche. Comment m’apprendrait-elle le calcul,
l’orthographe et la
lecture, moi perché là haut dans les nuages, sur
les
montagnes célestes ?
Je serais tout seul. Sans les copains de papa, sans les camarades de
classe,
sans maman et les « autres ». Je
dis les
« autres » parce
que c’est vrai que je ne me sens pas vraiment à
l’aise avec eux. Eux, ils habitent
dans les tours depuis plus longtemps que moi, ils y sont tout le temps,
et se
connaissent très bien. Moi, je les trouve bizarres. Lorsque
je
passe avec papa
et Hervé, ils ont une façon de murmurer tout bas
des
trucs qu’ils veulent
sûrement pas qu’on entende... mais c’est
pas discret.
Un jour, j’ai surpris des
sourires narquois. Mais c’est pas très grave parce
que je
préfère être dans les
étages de ma tour que sur la dalle froide. (...) Un matin,
au
petit déjeuner,
j’ai demandé à Papa :
« Dis-moi,
c’est quoi un
normo-sexuel ? » Il m’ a
regardé un peu
bizarrement, il a hésité à
répondre puis il s’est empressé de me
donner mon
bol de céréales, me gratifiant
d’un grognement et d’un « tu vas
être en
retard ». J’ai alors bu mon
lait et avalé mes pétales de maïs sans
broncher.
Mais je sentais bien qu’il y
avait de l’électricité dans
l’air. Papa a mis
un quart de café moulu à
côté du
filtre. Les tranches de pain cramèrent dans le toaster. La
cafetière explosa de
son jus bouillant. Le mixer s’étouffa et les
agrumes
projetés sur le sol
achevèrent la pagaille. Un champ de bataille dans la
cuisine.
Hervé, le copain
de Papa, est apparu avec un large sourire dans
l’entrebâillement de la porte et
s’empressa d’aider papa au nettoyage. Et lorsque je
reposai
ma question, je
sentis qu’il me fallait me précipiter sur mon
cartable
pour éviter une tempête
dans un bocal. On mobilisera pour les enfants la notion
de famille parce qu’ils associent la plupart du temps les
questions d’amour à leurs parents et à
leur famille. Concernant les adolescents, on mettra en avant la notion
de couple sur laquelle s’appuieront les questions de
sexualité. Comme activité
d’éveil et réflexion pour les enfants,
nous proposons un éventail de pistes pédagogiques
qui pourront être étoffées par les
enseignants imaginatifs qui auront à cœur de se
documenter au préalable sur la vie quotidienne des personnes
homosexuelles. La Saint Valentin, la Lesbian & Gay Pride, le
carnaval gay de Sydney, la journée du Coming-out, la
journée mondiale du Sida... sont des moments opportuns pour
présenter aux enfants l’existence
d’amours plurielles :
hétérosexuelles, bisexuelles et homosexuelles.
Certains enfants peuvent être concernés. Ils ont
un grand frère gay ou une grande sœur lesbienne,
un cousin homosexuel, des voisins qui vivent en couple homosexuel ou
bien des parents gays ou lesbiennes...
ARTICLES
DE PRESSE SUR LE LIVRE A LA RADIO France Inter,
5 octobre 2002, 10h10. Un
samedi d’octobre, le 5,
sur France Inter la journaliste Danielle Messager intervenait dans sa
chronique
sur les ados « Age tendre » sur la question de
l’homophobie à l’école :
« Danielle Messager, c’est l’heure de la
chronique Age Tendre et vous nous
parlez ce matin de la dernière action du Centre
Régional d’Information et de
Prévention du Sida. Il vient d’organiser des
Rencontres sur la place de l’homosexualité
dans l’éducation sexuelle à
l’école. L’école qui a un
rôle essentiel
car les ados au collège comme au lycée se posent
beaucoup de questions. - T’as
vu sa démarche, comment il est fringué. Il est
toujours avec les
filles. C’est
sûrement un pédé lui. Exemple de
réflexions entendues par un surveillant à
l’encontre d’un garçon
régulièrement objet de quolibets. Dans des
documents remis par l’Education
Nationale aux surveillants, aux enseignants, des pistes sont
suggérées pour
réagir à de telles situations comme proposer au
sein d’une classe une
réflexion permettant aux élèves de
comprendre et de respecter les
orientations sexuelles de chacun en n’éludant pas
les questions
qui sont nombreuses chez les ados. Est-ce que c’est normal
l’homosexualité
? Alors plutôt que normal, rappelez que sur le plan social ou
moral, elle a
toujours existé quelque soit le pays et les cultures. -
Est-ce que ça se voit
? Est-ce qu’on peut le devenir ? A cela
l’enseignant ou le parent devrait
redéfinir certains éléments car ces
jeunes ont souvent tendance à faire l’amalgame
entre une expérience homosexuelle qui n’est pas la
même chose que l’homosexualité,
entre des réactions jugées un peu
féminines pour un garçon qui ne sont pas
le signe de l’homosexualité. Ca c’est la
théorie. Et puis dans la
pratique, on entend encore trop souvent de terme de maladie
associé à l’homosexualité
quand on ne va pas jusque dans certaines manifs à demander
les « pédés au
bûcher ». Philippe Clauzard qui est enseignant et
auteur de « Conversations
sur l’homo(phobie) » regrette que la question de
l’homosexualité à
l’école
semble importune, impertinente à une époque
où l’on a pourtant jamais
autant parlé d’homosexualité dans les
médias et vu autant d’homos
défiler dans les rues. Pourtant,
l’école a une responsabilité pour
éradiquer les préjugés homophobes,
sauf qu’elle dispose de peu d’outils
pédagogiques. Mais après tout, un bon entretien
préparé par un enseignant
motivé ne suffit-il pas ? C’est vrai
qu’on demande beaucoup à
l’école
alors que la société affiche sans retenue ses
hypothèses sexistes et
homophobes, mais c’est aussi parce qu’on la croit
capable d’être un réel
rempart contre l’exclusion de la personne
différente . Faute de quoi, il
faudra encore rappeler ces résultats
d’enquête . Il y a un risque accru de
tentatives de suicide chez les jeunes homosexuels parfois
supérieur à 40 %. Il
ne serait donc pas incongru d’imaginer qu’au sein
même de l’école comme
on consacre une journée à la maltraitance, on
évoque un jour l’homosexualité
ou l’homophobie. »
Dans le journal Libération: Contre
l'homophobie à l'école, Un cortège du Snes
défilera
dans la Marche. Par Marie-Anne
SORBA, Libération du samedi
29 juin 2002 «Il y
a des gouines à la cantine !», clamaient
hier soir les étudiants de
«Moules-Frites», fédération
d'associations de
jeunes gays et lesbiennes, devant le ministère de
l'Education nationale, à la
veille de la «Marche des fiertés lesbiennes,
gaies, bi et trans». Un préambule
au mot d'ordre du Snes (Syndicat national des enseignements du second
degré) ce
samedi : «Construire une école sans
homophobie.» Pour la première fois, le
syndicat majoritaire du secondaire envoie «un vrai
cortège» à l'ex-Gay Pride.
Professeurs, conseillers d'orientation ou surveillants
réunis en «groupe de
lutte contre toutes les formes d'homophobie», ils
défileront dans le secteur
droits et libertés de la manifestation. «Nous
n'avons rien d'une coterie
homosexuelle du Snes, indique Philippe Castel, le coordinateur du
groupe qui fête
aujourd'hui son premier mois d'existence officielle. Il s'agit de
lutter contre
l'homophobie dont peuvent être victimes le personnel de
l'Education nationale
et les élèves.»
Insulte. Avec
cette initiative, l'Education
nationale rejoint la petite dizaine de professions dans laquelle se
sont créés
des groupements ou associations homosexuels : employés
d'EDF-GDF («Energay»),
d'Air France («Personne'Ailes») ou même
policiers («Flag»). Mais à
l'école,
le contexte est peut-être plus délicat que partout
ailleurs. Pour les
personnels comme pour les élèves.
Françoise Dumont, secrétaire
générale du
Snes, relève que «l'homosexualité reste
un sujet tabou sur lequel l'école ne
doit plus se taire. Il faut tout faire pour que des jeunes en
difficulté vis-à-vis
de leur sexualité ne se sentent plus mal dans leur
peau.» Le taux de suicide,
deuxième cause de mortalité chez les 12-25 ans,
est cinq à six fois supérieur
chez les jeunes homosexuels que chez les hétéros.
D'autant plus que dans les
cours de récréation, l'insulte homophobe est
reine. Jean-Louis Touton est
conseiller principal d'éducation au lycée
Denis-Diderot à Marseille : «J'ai
quelques élèves homosexuels et, dans cette ville,
ce n'est pas évident pour
eux.» Ce CPE sait de quoi il parle : l'un des professeurs de
seconde l'avait
fustigé en conseil de classe après l'avoir
aperçu main dans la main dans la
rue avec un garçon.
Car,
côté enseignants, la discrétion reste
la règle.
«Je n'en parle pas avec mes collègues en salle des
profs, explique un jeune
professeur de lettres de banlieue parisienne. Je crains des a priori
négatifs
de leur part. Comme l'Education nationale nous demande de ne faire ni
prosélytisme,
ni déballage de notre vie privée, je m'en tiens
à cela.» Bruno, 36 ans, est
instituteur à Marseille : «Ma vie personnelle
reste en dehors de l'école, même
si je sais qu'à force de dire que je n'ai pas de copine, mes
collègues
finiront par se douter de quelque chose. Je redoute le jour
où je serai obligé
de le dire clairement à l'école.»
La principale
raison de leur silence, c'est le
risque d'amalgame dans l'esprit des parents entre
homosexualité et pédophilie.
Le climat des dernières années ne facilite rien.
Les Instituts universitaires
de formation des maîtres (IUFM) sont les premiers
à mettre les futurs profs en
garde contre toute attitude qui pourrait prêter à
confusion. Mieux vaut se
taire, surtout dans les petites classes. A l'université, les
choses semblent
plus simples, même si le Centre national des
universités, chargé de la
validation des thèses, met des bâtons
administratifs dans les roues des étudiants
travaillant sur un sujet touchant à
l'homosexualité.
Discrimination.
«L'école, c'est comme un moule à
gaufre : c'est là que les personnalités et les
préjugés se forment»,
explique Philippe Clauzard, spécialiste en sciences de
l'éducation, auteur
d'un ouvrage sur le sujet (1). «On dote les
élèves d'un bagage contre le
racisme. Pourquoi pas contre l'homophobie, qui est discriminatoire au
même
titre ?» «L'école n'a jamais
été neutre en matière de
sexualité,
contrairement à ce que laisse entendre le discours
laïque, explique de son côté
Louis-George Tin, enseignant-chercheur à la fondation
Thiers. L'un des
arguments avancés au départ pour justifier la
mixité, c'était justement la
phobie de la promiscuité entre garçons. Rien
à voir avec le désir d'intégrer
les filles !».
(1) Philippe
Clauzard, Conversations sur l'homo
(phobie). L'éducation comme rempart contre l'exclusion,
L'Harmattan, 2002.
ou sur les sites web des
libraires

L’homophobie
est le rejet des homosexuels. Certaines personnes ne supportent pas de
voir des personnes du même sexe s’aimer. Par
ailleurs, la
société hiérarchise implicitement les
sexualités. On parle alors
d’hétérosexisme.
C’est bien difficile tes définitions...
Disons
alors, pour être plus simple, que l’homophobie est
le rejet de la personne humaine qui est homosexuelle, et
l’hétérosexisme,
l’infériorisation du groupe que forme les hommes
et les femmes homosexuels.
J’avais déjà entendu
« homophobe », mais je ne
connaissais pas le mot
« hétérosexisme ».
C’est normal. Il est jusqu’à
présent peu usité en France.
L’hétérosexisme est un comportement
assez répandu, commun à toutes les
sociétés. Beaucoup de gens sont
hétérosexistes sans même le
savoir ! L’hétérosexisme
consiste en une certaine idée de la sexualité,
une façon de considérer qu’il y a une
sexualité hétérosexuelle
supérieure aux autres sexualités :
homosexuelle et bisexuelle.
C’est-à-dire ?
L’hétérosexisme dévalorise
les sexualités peu communes.
Mais ce
mot est compliqué.
Il
comprend deux termes que l’on a unis :
l’abréviation
« hétéro »
d’hétérosexualité et le mot
« sexisme ».
Et le
sexisme, c’est lié au sexe ?
Le sexisme
est une distinction entre les sexes. Le sexe masculin est
considéré comme le sexe fort et le sexe
féminin comme le sexe faible. Cette distinction a pour but
de dévaloriser le féminin par rapport au
masculin. Celle-ci apparaît tôt dans les cours de
récréation où les petits
garçons héritent vite de cette idée,
de cette habitude de penser que les filles sont les quilles
à la vanille (des quilles, ça ne tient pas
debout, c’est peu résistant) et les
garçons sont en chocolat (robustes et vaillants). Les
garçons semblent déjà les plus
forts : car ils sont plus costauds, plus bagarreurs, plus
sportifs (et encore !) que les filles. Ils se
représentent physiquement supérieurs.
Pourtant, c’est pas
toujours vrai... Il y a des filles aussi fortes que certains
garçons. Je le vois bien à
l’école !Jérôme
a deux papas...
Et moi qu’est-ce
que je peux faire dans ma classe?
Sur
Internet, Citegay.com, novembre 2002
Un ouvrage qui
s'adresse à tout le monde, les parents, les
éducateurs, homos ou hétéros, et
surtout les enfants.
Vous trouverez
dans ce livre les réponses aux questions ou interrogations
que manqueront pas de vous poser vos chers têtes blondes: Mon
papa embrasse Hervé! Les hommes peuvent-ils avoir des
enfants? Mon copain à traité un garçon
de pédé, pourquoi? etc. Le livre est
ponctué de conversations qui s'adressent plus directement
aux enseignants, éducateurs et qui leur permettra de
construire des réponses plus efficaces.
"Il arrive
à la suite de la fondation de l'Amicale Aglaé et
du site Internet www.homoedu.com. Il est le prolongement de ma
réflexion personnelle nourrie de rencontres et de
recherches. Entre fiction et réalité, dialogue et
récit, illustrations et conseils éducatifs...
j'espère que cet ouvrage saura vous intéresser et
ouvrir de nouvelles perspectives aux questions d'éducation
et d'homosexualité." (Philippe Clauzard )
PHILIPPE
CLAUZARD, Conversations
sur l'homo (phobie), L'éducation comme rempart contre
l'exclusion,
Préface de Louis-Georges TIN, Éditions
L'Harmattan 2002.
Vous pouvez
commander l'ouvrage directement en ligne au prix de 16,15 Euros au lieu
de 17 Euros.
5-7 rue de l'Ecole
Polytechnique 75005
Paris.
http://www.harmattan.fr