CONVERSATIONS SUR LE SEXISME

éduquer pour l'égalité filles-garçons

par Philippe Clauzard

L'Harmattan, mars 2010

Si l’égalité entre les femmes et les hommes progresse, force est de reconnaître que les femmes sont encore victimes de préjugés, de stéréotypes, d’inégalités qui limitent leurs vies professionnelles, familiales et sociales. L’heure demeure au développement d’une éducation à l’égalité filles – garçons, à la révision d’attitudes et de discriminations sexistes qui s’inscrivent dans des représentations traditionnelles de dévalorisation du féminin par rapport au masculin. Cette infériorisation est gravée dans le marbre de la langue, elle réside dans la catégorisation en genres hiérarchisés. « Désexiser » la langue, les jouets enfantins, les rôles sociaux des adultes ; repenser la notion de genres et leurs attributions conformes aux usages ; resituer les rapports humains dans une perspective historique et théorique ; bousculer les normes, les lieux communs… Tout cela répond à la Convention interministérielle de 2007 sur l’égalité entre femmes et hommes et les missions éducatives afférentes. Ces conversations en famille, en classe, entre élèves sont des invitations éducatives à des discussions pédagogiques qui visent plus amplement une éducation à la citoyenneté, copartagée par les coéducateurs que sont les enseignants et les parents. Homme ou femme : c’est une question de connaissance et de respect, tout simplement. Conversons-en.

"Conversations sur le sexisme, Eduquer pour l'égalité filles-garçons de Philippe CLAUZARD. L’Harmattan éditeur.


Philippe Clauzard est enseignant formateur. Docteur en sciences de l’éducation, il s’intéresse de près à la formation des enseignants, aux questions de citoyenneté et de maîtrise de la langue ainsi qu’aux pratiques enseignantes. Ces conversations sur le sexisme font suite à la publication de précédentes « conversations sur l’homophobie ». Sexisme et homophobie étant deux formes d’exclusion en interaction.



Table des matières:

Avant-Propos. 9

Scène 1 – MAÎTRESSE, pourquoi on n’a pas de JOURNÉE de l’homme ?  13

CONVERSATIONS EN FAMILLE.. 17

Scène 2 – COMPTES EN COURS DE MATHS. 45

CONVERSATIONS EN classe.. 47

Scène 3 – La semaine de l’ORIENTATION.. 117

CONVERSATIONs AU COURS PREPARATOIRE.. 121

Scène 4  – SACREE RECREE.. 137

Annexes pour aller plus loin  dans nos conversations  139

1 – QUELQUES CONSEILS ÉDUCATIFS VISANT LA PROMOTION DE CONDUITES NON SEXISTES  141

2 – Une leçon-type  pour le secondaire.. 143

3 – QUELQUES AUTRES SEQUENCES RELATIVES A LA QUESTION SEXISTE   157

4 – ce qu’il faut faire ou ne pas faire dans sa classe   179

5 – QUELQUES DISPOSITIFS PÉDAGOGIQUES PROPICES A UNE REVISION DES COMPORTEMENTS ET IDÉES SEXISTES. 187

Scène 5  – MADEMOISELLE DRUCHE VOIT MARIANNE ET JÉRÔME DEFILER   195

GLOSSAIRE.. 201

Bibliographie.. 203

Sources documentaires. 215

Table des matières. 217


EXTRAITS:           
Lire quelques pages avant de commander
                       
– Qu'appelles-tu la division sexuelle des tâches ?
– C'est une répartition inéquitable et injuste des tâches do-mestiques, professionnelles et sociales entre les femmes et les hommes.
– C'est-à-dire ? Tu veux parler d’une inégalité…
– Eh bien, aux hommes, on confie des tâches nobles comme décider de l'avenir d'un pays, diriger une grande entreprise et on concède aux femmes de s'occuper de l'éducation des petits enfants, d’effectuer des activités peu valorisantes comme caissière, standardiste, etc.
– Alors, tu trouves que le métier de caissière est peu valori-sant.
– En comparaison avec des métiers de direction et de res-ponsabilités réservés aux hommes, oui, on peut le penser. On ne demande pas d'initiative à une caissière, que je res-pecte par ailleurs. C'est même parfois un métier qui s'impose justement du fait de la souplesse ou flexibilité des horaires permettant de s'occuper des enfants dont le mari ne s'occupe pas. Une flexibilité qu’on ne propose pas aux hommes !
– Tu veux dire, en définitive, qu'il n'y a aucune raison que les hommes ne s'occupent pas des enfants, qu’ils ne fassent jamais la cuisine ou la vaisselle.
– En vois-tu, toi, une raison ?
– Non. C'est pourtant toujours les filles qui font la cuisine.
– Simone de Beauvoir explique que si les filles et les gar-çons sont égaux à la naissance, en grandissant, les filles se conforment à un modèle que les hommes ont imaginé pour elles. Elle écrit : « on ne naît pas femme, on le devient ». C'est ainsi que son livre va éveiller des consciences, con-duire des femmes à vouloir vivre comme des hommes et le revendiquer haut et fort. Après quelques livres révélateurs d'une nouvelle conscience de la condition féminine, les femmes vont défiler dans les rues dans les années 1960 et 1970 pour contester toutes les dominations masculines et demander le droit de choisir d'avoir ou non des enfants, de choisir le nombre d'enfants souhaité. Elles réclament le droit à la contraception et à l'avortement.
– Tu peux m'expliquer ces mots ?
– La contraception est un moyen d'éviter la grossesse tout en ayant des relations sexuelles. On emploie alors le préservatif ou bien les femmes prennent la pilule anti - contra-ceptive. L'avortement désigne la possibilité d'interrompre une grossesse grâce à une intervention médicale.
– Les femmes peuvent donc vivre comme elles veulent, si je comprends bien.
– Tout à fait. À partir de 1975, les femmes disposent libre-ment de leur corps. Et du coup de leur avenir.
– C'est donc une victoire.
– Absolument. Mais les féministes doivent être prudentes. Certaines personnes rêvent de revenir sur ces lois considérées comme trop libérales.



Et moi qu’est-ce que je peux faire dans ma classe?


Projets pédagogiques d’école ou d’établissement
Soyez confiant en votre propre créativité et aux échanges d’idées et de démarches pédagogiques au sein de l’équipe éducative de votre école. Il est préférable de vous inscrire dans un projet d’ensemble. Un projet d’école que chaque enseignant porte et devra défendre devant les parents d’élèves, les parents élus au conseil d’école auxquels il con-viendra de présenter et justifier la démarche éducative dont l’objectif général est humaniste et solidaire d’une politique d’anti-discriminations et d’anti-marginalisations des per-sonnes humaines quelles que soient leurs différences de sexe ou de genre. Il conviendra peut-être de faire preuve de péda-gogie auprès des parents, toutefois la question des femmes n’est plus un sujet « tabou ». En bref, on mobilisera les en-fants avec les actions suivantes :
– À l’école maternelle : travailler sur les stéréotypes et cli-chés, les lieux communs à partir d’albums, d’images mon-trant des rôles différenciés et hiérarchisés ; conduire les élèves à réfléchir sur la validité de ces comportements ; amener à une dictée à l’adulte sur les conduites non sexistes…
– À l’école primaire : faire étudier des personnages féminins célèbres à mettre en rapport avec des hommes célèbres, interroger les rôles domestiques et les carrières attribués aux filles, faire observer les stéréotypes dont sont impré-gnés les manuels scolaires, faire réfléchir sur les notions de sexisme et de stéréotypes, de machisme…
– Au collège : développer progressivement une réflexion sur la question du genre, faire étudier les stéréotypes sexistes dans la littérature et les arts visuels, le cinéma ; conduire des séquences sur le sexisme, les liens avec l’homophobie et plus généralement le racisme, les exclusions de la per-sonne ; réaliser des activités de théâtre forum, des débats « philosophiques », des activités de recherches person-nelles relatives à la thématique ; valoriser et partager les travaux avec les autres classes du collège : l’exposition « boîte aux clichés homme/femme » ; le catalogue des pu-blicités sexistes ; l’exposition de promotion des rôles et métiers non traditionnels, l’exposition des affiches de phrases sexistes de grands littérateurs…


ARTICLE DE PRESSE SUR LE  LIVRE 


Si Philippe Clauzard est un ami, quelques divergences nous séparent, d’où quelques atermoiements avant de faire cet article. Je m’y suis mis à l’occasion de la parution d’un deuxième ouvrage sur le même modèle et chez le même éditeur, en 2010 : Conversations sur le sexisme, Éduquer pour l’égalité filles-garçons (220 p., 21 €), dont il sera également question.

« Les professeurs qui, pendant des siècles, ont enseigné aux enfants combien l’homosexualité était intolérable et qui ont purgé les manuels de littérature, falsifié l’histoire afin d’en exclure ce type de sexualité, ont causé plus de ravages que le professeur qui parle d’homosexualité et ne peut faire d’autre mal qu’expliquer une réalité donnée, une expérience vécue. » Cette citation de Michel Foucault en épigraphe introduit bien le problème [1] tel qu’il se posait en France au début des années 2000. Une anecdote précise le contexte : un jeune professeur d’école « préféra se contenter simplement d’évoquer [l’homosexualité] dans un échange oral avec les enfants », de crainte de « laisser une trace écrite » (p. 21). Philippe Clauzard confesse lui-même avoir eu souvent « la sourde impression d’être un enseignant par effraction » (p. 23), et se livre à un plaidoyer sur l’importance de parler d’homosexualité et d’homophobie à l’école : « Taire l’homosexualité à l ‘école, mais aussi dans les familles, c’est implicitement dire son état d’infériorité, sa marginalisation, son illégitimité » (p. 27). Commence alors une alternance de dialogues entre une petite fille et son père hétéro irréprochablement anti-sexiste et gay-friendly, et de récits par un garçon en CE2 de ses mésaventures à l’école à cause du fait qu’il a deux papas (on regrettera que le souci militant fasse oublier de mentionner toute trace de mère dans ces tranches de vie). Ces récits sont plus convaincants que le dialogue. Le souci de pédagogie semble paralyser la plume de l’auteur, bien plus à l’aise dans les scènes de fiction, dont le point de vue dévolu à l’enfant l’oblige à adapter son langage [2]. La scène où l’enfant croit que ses deux « pères » qui s’embrassent pourraient lui faire un petit frère est excellente (p. 54). Et puis cette madame Druche est tellement drôle dans sa raideur compatissante ! On la retrouvera d’ailleurs avec plaisir dans le 2e ouvrage sur le sexisme, tandis que les discussions avec la petite fille n’auront malheureusement pas gagné en légèreté… Par exemple, p. 91, le bon papa part dans un tunnel ésotérique, et la petite fille sera sans doute ravie d’apprendre que « À Sumatra, les expériences hétérosexuelles des jeunes Bataks sont sévèrement punies » ! (p. 91).

(....)

C’est également un reproche important qui m’empêche d’apprécier totalement le second volume consacré au sexisme paru en 2010. Où est passé le « triangle pédagogique » ? L’enseignant fait bloc avec le savoir, et n’instaure aucun périmètre de sécurité. Ne risque-t-il pas de susciter un sentiment de rejet si l’élève constate la moindre faille ? Je préfère pour ma part éviter au maximum cette situation, et travailler avec des supports – fussent-ils des personnes intervenant au nom d’association qui pourraient tenir ce type de discours – qui préservent ma situation de tiers par rapport au savoir. Conversations sur le sexisme reprend le même modèle que le précédent. Si le livre apporte des informations intéressantes pour les personnes qui découvrent le sujet, le ton est parfois outré, surfant sur la vogue actuelle du thème, comme quand la petite fille s’exclame à propos des discriminations sexistes « C’est du vrai fascisme » (p. 50). De plus, quand Philippe Clauzard reconnaît – ce qui est rare chez les féministes – qu’il y a aussi des hommes victimes des violences conjugales (137 femmes pour 31 hommes), pourquoi éprouve-t-il le besoin d’ajouter : « Cela étant dit, la grande abomination se situe du côté des violences conjugales subies par les femmes » (p. 72) ? Allez donc expliquer ça à un de ces hommes victimes ! Personnellement, je plaide non-coupable, exerçant une des rares professions où règne l’égalité totale des salaires hommes / femmes, sans parler de l’extrême féminisation du métier de prof de français ; même si l’on peut constater que plus on monte dans la hiérarchie, plus elles se font rares…
Dans une chasse si rigide aux stéréotypes sexistes, on se demande si l’auteur ne se prend pas parfois les pieds dans le tapis d’autres stéréotypes ; ainsi apprend-on que « des millions de petites filles sont privés (sic) d’école, car elles doivent travailler pour confectionner des tapis en Iran ou garder des troupeaux au Mali » (p. 44). Je suppose qu’au Mali beaucoup de garçons aussi gardent les troupeaux ; quant à l’Iran, c’est LE pays du Moyen-Orient où les filles ont le plus accès à l’enseignement supérieur, devant les garçons ! Par contre c’est au Maroc qu’en ce qui me concerne j’ai vu (une fois seulement) de petites filles tisser des tapis. Je me méfie également des autoroutes de pensée qu’emprunte cet ouvrage sur les fameuses pubs sexistes, dont j’ai dit ce que je pensais dans cet article, ou sur la pornographie : « qui repose sur un critère essentiel de rapport de domination » ; « Les femmes sont de véritables objets sexuels livrés à des hordes masculines dans les films pornographiques ». Ne faudrait-il pas, plutôt que d’encourager la censure par ce genre de sentence à l’emporte-pièce, trier le bon grain de l’ivraie, et par exemple en appeler à l’abolition du classement X qui contribue à la médiocrité des films pornos français, et peut-être rappeler aussi que porno ou non, une fiction – œuvre de l’esprit – n’est pas la réalité. Ce sont les conditions économiques qui formatent les œuvres pornographiques. De même, les conditions économiques sont souvent oubliées dans l’étude du sexisme. Dans les classes sociales élevées et riches, la répartition des tâches domestiques dans le couple est court-circuitée par l’emploi d’une « femme de ménage » – certes dans ce cas on retombe sur la féminisation des tâches domestiques ! Enfin, quand l’auteur traite de la question transgenre, il utilise uniformément le pronom « ils », alors qu’il vient de consacrer des pages à critiquer son hégémonie, et néglige de préciser la différence entre MtF et FtM, de même qu’il ignore la question des intersexes lorqu’il écrit « Ces identités (hormis l’identité de sexe anatomique) sont plus ou moins fluctuantes dans la vie d’un individu » (p. 103).

Bref, heureusement qu’on retrouve aussi les excellents intermèdes avec l’inénarrable Mme Druche ; voir par exemple celui sur l’orientation scolaire sexiste, p. 118 – mais ce sobriquet ne serait-il pas un tantinet sexiste ? Les meilleures pages sont les extraits de la thèse de l’auteur, qui se fait l’écho notamment des travaux sur la grammaire sexiste du français de Céline Labrosse et de Marina Yaguello, auteure de Le sexe des mots, et conclut sur la nécessité de « dépoussiérer la langue des valeurs sexistes », ce qui « exige donc une prudence et d’heureuses concertations entre hommes et femmes » (p. 136). En effet : on ne réforme pas la langue par décret !
Les fiches pédagogiques proposent des exercices variés. À la liste de femmes célèbres, je me permets d’ajouter la célèbre chanson Rimes féminines de Juliette, qui se prête fort bien à la réflexion pédagogique (voir cet article). Le théâtre forum du programme Viraj, au Québec est évoqué. Parmi les sites de référence, citons le site institutionnel de l’Éducation nationale, Les P’tits égaux (Répertoire d’activités visant la promotion de conduites non sexistes entre filles et garçons de maternelle et de primaire), et Mix-Cité, « mouvement mixte pour l’égalité des sexes » qui a organisé une sympathique « burqalonade » en mars 2010. J’en ajouterai un excellent : le site RGS 72 (réseau genre et sexualité Sarthe).

Article complet sur le site de Lionel LABOSSE ALTERSEXUALITE.COM





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